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      Je venais d'emménager dans mon nouvel appartement.

    La maison avait à peu près finis d'être rangée depuis deux ou trois jours. Je ne regrettais pas vraiment mon départ, je n'avais pas vraiment d'amis avant. Ici, j'avais une chance de tout recommencer à zéro. Mes notes allées en baisse remonteraient, je me ferais peut être des amis… Une nouvelle vie normale aurait commencé. 

      Une nuit avant ma rentrée dans mon nouveau collège, quand je suis allée me coucher, il s'est passé un truc bizarre. J'étais dans le noir, roulée en boule dans mon lit, à moitié endormie déjà. Je pensais vaguement à ce qui allait ce passer le lendemain. Je n'étais pas vraiment sûre de réussir à me faire des amis. Je ne suis pas très sociable, et j'ai peur d'aller vers les gens en général. J'ai une nature un peu distante, ce qui les incite à ne pas trop m'approcher. Mais ma timidité m'empêche de faire des rencontres. J'allais sombrer définitivement dans le sommeil, quand j'ai entendu comme un grognement, mais c'était un bruit tout faible. Je me dis que j'avais rêvé, que c'était mon lit qui grinçait. Puis le bruit recommença. Un peu plus fort. Et d'autres grattements du même genre suivirent. Mon lit bougeait un peu. Je commençais à avoir un peu peur. "Et si les monstres cachés sous le lit comme on dit aux petits existaient vraiment ?" je me disais. Puis il y eu un bruit un peu plus fort que les précédents, mon lit manqua de chavirer et il n'y eu plus rien. Juste une lumière qui venait d'en dessous. Je me penchais, mes cheveux tombant par dessus la tête et m'empêchant de voir. Je les repoussais d'un geste agacée, et la lumière s'éteignit quelques dixièmes de secondes pour devenir plus vive et colorée juste après. Et sous mon lit, je voyais des couleurs, des arabesques, de la lumière pure, de l'énergie, je voyais de la musique… pas des notes, bien de la musique que je voyais. Toute idée de monstre caché sous mon lit se dissipa face à cette… cette lumière que je qualifierais de magique disparu à cet instant. Parce que cette lumière aux mille sons et mille couleurs n'avait qu'une représentation : le bonheur. Je me penchais un peu plus, et résultat je tombais du lit. Je me frottais la tête, et en voyant ces couleurs à l'endroit, l'impression de bonheur fut encore plus vive. Puis je remarquais en tendant la main un grand vide, noir, avec juste une fine ligne jaune au milieu, qui reliait mon lit à ce qu'il y avait en face. J'arrêtais peu à peu d'avancer, comprenant ce que ce vide et cette ligne voulait dire. Le jaune a, pour moi, toujours représenté le courage, ce dont je n'avais pas la moindre goutte. Et le noir, il représentais ma vie. Ma vie simple, monotone, sans aventure, sans joie…Si je voulais arriver à l'objectif ultime, le bonheur qui m'étais inaccessible, je devais avoir du courage. En fermant les yeux, j'avançais un pied sur la ligne jaune, qui grossit et rétrécit en longueur, me rapprochant de la représentation du bonheur. Alors que je tendais la main pour l'attraper, je fut comme aspirée dans un tourbillon de couleurs. Cela faisait une impression très agréable. Bien plus agréable quand que j'arrivais sur le sol dur de ma chambre, le réveil sonnant 7 heures. Mais ce n'était pas un rêve. Je me vis me réveiller en me frottant les yeux, me préparer pour ma rentrée, partir dans mon nouveau collège accompagnée de mon père, ma rencontre avec le principal adjoint puis la CPE qui m'accompagna en classe de 3èE. Mon entrée jeta un froid sur la classe qui était en train de se faire calmer vainement par le professeur de français, qui pourtant incitait à ne pas faire de bêtises quand on le voyait. Grand, carré d'épaules et avec une grande moustache, une aura d'autorité l'entourait. Pourtant aucun élève ne faisait attention à ses hurlements et à ses gesticulations. Après que la CPE m'eut présentée à la classe, souhaité bonne chance et soit repartie, les élèves commencèrent à s'intéresser à moi. Je remarquais que la plupart des élèves devait avoir 3 ans de plus que l'âge qu'on a d'habitude en 3ème. Il n'y avait que peu de filles dans cette classe, et les garçons avait l'air d'être tous de gros pervers qui ne pensaient qu'à ce qui ce cachait sous mes vêtements. Je me vis commencer à trembler discrètement. Les autres filles me jetaient des regards hautains et un peu jaloux aussi, étant sans doutes du même genre que les garçons et s'intéressant beaucoup à… l'appareil reproducteur humain et tout le tralala, mon corps ayant été formé avec de grandes courbes, si je puis dire, qui m'encombraient d'ailleurs beaucoup. Cette classe me dégoûtait déjà. Et elle allait être la mienne dans quelques heures. Je, pas mon moi que je voyais, mais moi, "l'essence de corps" qui voyageait dans le futur, si j'avais bien compris, pour me montrer que me faire des amis serait compliqué, donc, je fus reprise dans le même tourbillon qui me fit ré-atterir dans mon lit, pas tout à fait endormie mais presque, juste avant que je ne commence à sentir les grattements sous mon lit, et je m'endormais. 

    Quand je me réveillait le lendemain matin, tout se passa comme si j'étais spectatrice de la scène. Quand la CPE m'accompagna dans la classe de 3èE, juste avant d'entrer dans le couloir, je m'arrêtais. Je lui dis clairement mais sans méchanceté ni rien que je n'irais pas dans cette classe. Elle me regarda calmement pendant un moment, et me dit qu'elle me comprenait. Puis me demanda comment je savais ce qu'était cette classe. Je lui répondis qu'elle ne me croirait pas si je lui disais pourquoi, elle me dis que si, et donc je lui racontais tout d'un seul bloc, sans faire de pause et sans omettre aucun détails. Et elle me crut. Quand j'y repense, c'est moi qui n'y crois pas. C'est impossible de croire à une histoire pareille. Mais bon, la chose est faite. Elle me fit faire demi tour, monter les escalier sur un étage supplémentaire, et m'accompagna cette fois dans la classe de 3èA. Arrivées devant la porte, je me sentait reprendre réellement conscience de ce que je faisais. Et je la remerciais. Elle me fit entrer en classe, qui était en pleine dictée, avec un professeur aussi grand que celui de 3èE, avec une moustache encore plus grande que ce dernier et une barbe aussi. Et lui était totalement roux, ce qui lui donnait un petit air rigolo et sympathique. Il me plut tout de suite. La classe classe se leva et s'arrêta d'écrire. Pendant que la CPE me présentait, je balayais la classe des yeux. Mon regard capta un instant celui d'un garçon plutôt grand, blond et avec d'immenses yeux verts. Il était très beau. Je me sentais rougir sous son regard, et détournait la tête vers un groupe de filles à droite de la classe. L'une d'elle me fit un clin d'œil, ayant remarqué le regard du garçon blond et le mien, tandis qu'une autre me faisait un signe de la tête pour m'inviter à m'asseoir à côté d'elle, ce que je fis quelques minutes après.

    Ma nouvelle vie commençais bien. J'avais des amies, et un amoureux, et pas n'importe lequel en plus, comme je l'appris plus tard.


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