• J'ai aimé et été aimée - Concours QP

    Ce texte à été écrit pour le concours de Queen Paramount, que vous pouvez retrouver ici, s'oppose à moi estheræn (son texte ici).

    Je devais inclure la citation "J'ai aimé et été aimé, mais jamais les deux à la fois" dans mon texte.



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    Après une folle pirouette, les deux paires d'yeux verts se retrouvèrent face à face. Le décor, derrière eux, était flou, seule la lueur devant elle lui semblait réelle. Une étrange musique, comme venue de nulle part, résonnait. Elle sentait une main posée contre sa taille qui rapprochait leurs deux corps. Le beau visage se pencha vers elle, et une boucle noire lui caressa l'arcade. Un nez chatouilla le sien. Leurs deux visages se rapprochaient, et leurs souffles se mêlaient, quand...

     

    Elle se réveilla en sursaut. Elle se redressa sur son lit, toute en sueur. Adossée au mur derrière elle, faisant face à la fenêtre lui montrant une lune presque pleine, elle se prit la tête dans les mains. Un énième rêve était venu à elle dans son sommeil, lui montrant l'énième visage d'un inconnu qui se penchait vers elle pour l'embrasser, avant qu'elle se réveille brusquement, interrompant la féerie. Peut être était-ce mieux pour elle d'ailleurs, se disait elle une encore une fois, de se réveiller avant d'avoir accompli ses songes. D'un mouvement sec du cou, elle rejeta ses cheveux trempés de sueur derrière elle, et appuya son crâne contre le mur, dont la vague fraîcheur lui remit quelque peu les idées en place.

     

    Qu'avais-je fais pour mériter ça ?, se demandait elle. De jeunes gens défilaient devant elles comme les jours qui passaient, inintéressants, tandis que d'autres anonymes peuplaient invariablement ses nuits. Avant cette période, où, à présent, elle n'aimait plus personne et pensait qu'elle méritait sa solitude, elle se prenait souvent à répéter à qui voulait l'entendre ses constantes déceptions amoureuses. « J'ai aimé et j'ai été aimée, mais jamais les deux en même temps. » Dorénavant, les jeunes garçons qui habitaient ses rêves étaient tous des mélanges d'autres qu'elle avait déjà aimés antérieurement. Les yeux verts de l'un, les cheveux noirs d'un autre, le sourire lumineux d'un troisième... Tant et tant de garçons qui, chacun leur tour, avaient été la source d'espoirs toujours défectueux. De temps en temps, le nez droit ou les larges épaules de garçons l'ayant aimée sans réponse apparaissaient aussi, la faisant se sentir coupable et l'énervant. Quand rencontrerait elle enfin quelqu'un qui l'aimât en retour ?

     

    La vie était parfois tellement injuste. Perdue dans ses pensées, elle se rendormit. Les premières lueurs du soleil au petit matin la réveillèrent agréablement. La légère chaleur de ses rayons lui chatouillèrent le visage. Quelques minutes plus tard, après s'être préparée, elle sortit. C'était un dimanche matin de début d'été, la fraîcheur de la matinée n'était pas désagréable. Elle sourit au jeune stagiaire de quelques années à peine de plus qu'elle lorsqu'il lui donna son pain. Après être retournée chez elle et l'avoir déposé sur la table, elle siffla son chien, un fier husky roux, et sortit sa bicyclette. Rouler et courir dans la forêt derrière chez elle, faire la course avec son ami animal, surtout dans les premières heures de la journée était pour elle un vrai soulagement. Elle attendait se moment toute la semaine, espérant toujours secrètement finir par tomber sur quelqu'un de son âge. Espoir qui n'était jamais résolu, jusqu'à présent en tous cas.

     

    Mais rouler avec son chien dans la fraîcheur du matin était tellement agréable qu'elle en oubliait tout. Plus rien ne comptait pour elle d'autre que le bruit des feuilles mortes craquant sous ses roues, les chants des oiseaux accompagnant sa route, le calme du dimanche, les discrets halètements d'Ido, son husky, les premiers rayons de lumière perçant la voûte des arbres au dessus d'elle... Quelques instants, un papillon voleta autour de sa tête, avant de s'éloigner vers une des multiples fleurettes sur le bord du chemin. Était-ce ça, le bonheur ?, se demandait elle.

     

    Une seule chose manquait à ce tableau : quelqu'un qui pédalerait à ses côtés. Cette sombre pensée vint rompre le charme : l'aimerait-on un jour, et elle en retour ? Cela lui semblait mal parti. Une fois de plus elle se répéta ce qu'elle disait tout le temps : j'ai aimé, j'ai été aimée, pourquoi donc jamais les deux à la fois ? La tête perdue dans de sombres nuages, elle ne faisait plus attention au chemin qu'elle empruntait. Elle ne vit pas la cime des arbres s'épaissir, les plantes au sol devenir plus rare. La lumière ambiante faiblissait. Les discrets aboiements d'Ido ne lui permirent pas de retrouver ses esprits.

     

    Un trou sur le passage la ramena brusquement à la réalité en la faisant s'envoler plusieurs mètres plus loin, et atterrir brutalement, sur un gros rocher près d'un arbre visiblement centenaire. Sonnée, elle essaya de se relever pour repartir, quand une douleur atroce lui déchira les jambes. Après avoir baissée les yeux, elle se rendit compte que ses chevilles et ses genoux formaient des angles étranges et tout sauf naturels. Elle faillit tourner de l’œil, mais Ido se précipita, et se pressa contre elle sous son bras. Livide, elle tenta de se redresser avec l'aide du husky, mais la douleur fut trop forte. Sa bicyclette, toute déformée, traînait lamentablement à côté, une roue tournoyant toujours dans le vide. Rampant, tirée par Ido, elle essaya d'avancer autant qu'elle le put, retenant ses cris autant qu'il était possible. Ido gémissait doucement contre son flanc.

     

    Un coup de feu retentit soudain, rompant un silence rendu lourd par l'absence de pépiements d'oiseaux et autres bruits forestiers. Elle n'eut que le temps de penser qu'elle avait oublié le début de la saison de la chasse, et qu'elle mourrait abandonnée dans une forêt loin de tout, sans avoir trouvé l'amour une seule fois dans sa vie trop brève. Une larme coula sur sa joue, mais n'atteignit jamais le sol. Sa dernière vision ne fut même pas le visage joyeux du chasseur qui croyait avoir fait une belle prise, puis qui se décomposa en voyant la nature de celle ci. Elle entendit juste le hurlement lointain, très lointain, dans les brumes qui l'enveloppaient, d'Ido qui chantait de son cri de loup, à la mort.

     



     


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